Dimanche 14 juin 2009
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Si vous répondez British Broadcasting Commission, vous n'avez qu'une partie de la réponse. C'est aussi Book Bell and Candle. Le livre, la
cloche, et la bougie. C'est le titre d'une pièce de théâtre et aussi d'un film des années 50 qui fait référence à un vieux rite d'excommunication de l'église contre la sorcellerie.
Le prêtre ferme le livre (la Bible), puis sonne la cloche (le glas qui annonce la mort) et enfin éteint la bougie et la jette (ce qui précipite le ou la coupable en enfer).
Il y a quelques jours je suis passé devant un théâtre qui faisait une reprise de cette pièce et cela m'a rappelé des souvenirs du restaurant "The French Kitchen".
En effet, nous avions un groupe de joyeux lurons qui avait formé un club baptisé "Book Bell and Candle". Ils venaient régulièrement pour un repas bien arrosé. Chacun amenait une ou deux bouteilles
de bon vin, de porto ou autre boisson alcoolisée et le repas s'éternisait. Je dois avouer que je les aidais à goûter les vins pour leur permettre de choisir les plats adaptés (toute excuse est
bonne). Cela peut paraitre bizarre pour ceux qui ne connaissent le B Y O (Bring Your Own): dans beaucoup de restaurants en Australie, on peut amener son vin et ne payer que la nourriture. On paye
simplement le "Corkage" (beaucoup moins cher que le pourcentage pris sur le prix d'une bonne bouteille)
Mais un jour un des convives eut un malaise; crise cardiaque en plein milieu du déjeuner. Heureusement nous avons pu avoir une ambulance en quelques minutes. Pendant que les infirmiers le
réanimaient, on téléphona à sa femme pour la prévenir. Elle était tellement furieuse après son mari et elle criait si fort qu'on était obligé d'éloigner le recepteur et tout le monde pouvait quand
même entendre:"Je lui avais bien dit que ce n'était pas raisonnable de boire comme ça! C'est bien fait pour lui!..." et autres invectives et noms d'oiseaux pour les autres membres du groupe.
Il fut emmené rapidement sur une civière et à peine avait-il franchi la porte que tout le monde s'est remis à boire. A sa santé, évidemment.
Pour la petite histoire, il s'est bien remis de sa crise cardiaque, et cela ne lui a pas servi de leçon, il a continué à boire avec ses copains...
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Par Michel
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Mardi 27 mai 2008
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Cette fois je parle de vrais tests nucléaires. Lorsque Chirac a décidé de poursuivre une série d'explosions atomiques à
Muroroa, dans le Pacifique, ce fut un tollé général en Australie. En plus des manifestations devant l'ambassade de France, il y eut une vague anti-française dans l'opinion.
Etant à l'époque propriétaire du restaurant "The French Kitchen", ce n'était pas fait pour arranger les affaires. Les gens se
défendaient de vouloir faire un boycott, mais d'un autre côté, ils ne voulaient pas être vus dans un établissement français. Le résultat est le même. Donc une fois de plus je me retrouvais au
Journal Télévisé.
Les retombées radioactives étaient pour moi des retombées économiques.
La journaliste me demanda si j'avais un message pour le Président Chirac. Comme je devais faire bref, je le fis en un mot: "Merde!". Et le plus drole, c'est qu'ils l'ont passé aux National
News.
Une semaine après, je reçus une invitation officielle à déjeuner à l'ambassade de France. Depuis tout le temps où je vivais en
Australie, cela ne m'était jamais arrivé. Ma femme me demanda: "Tu vas y aller?"
"Bien sûr!" et je dois dire que j'ai eu un excellent repas. Je connaissais le chef qui travaillait à l'ambassade à cette époque. Je savais que je ne serais pas déçu.
En fait, l'invitation était pour rencontrer un représentant de l'Etat (ministre dont j'ai oublié le nom) qui venait consulter des citoyens qui comme moi pouvaient être affectés par "les retombées
radioactives".
Il fit probablement un rapport que l'on mit au fond d'un tiroir, et c'est le temps qui comme toujours, se chargea d'arranger les choses.
Comme publicité, javais trouvé une formule:
French tests, NON, French taste, OUI
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Par Michel
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Samedi 1 décembre 2007
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22:32
Au bout de 2 ou 3 ans dans le restaurant j'ai commencé à avoir des problèmes avec mes yeux. J'ai toujours eu une très mauvaise vue. On s'en etait rendu
compte quand j'avais commencé l'école le jour où j'avais demandé: "Le tableau noir? où ça?". C'est aussi pour cela que je ne me suis jamais intéressé au foot et autres sports d'équipe car je
n'avais pas le droit d'en faire avec mes lunettes...et je ne voyais pas le ballon!
Vers l'âge de 20 ans je me suis mis à porter des verres de contact et tout est devenu plus clair. Mais avec la fumée je me suis mis à avoir des conjonctivites. Parfois je devais faire le service
sans mes lentilles. Pour remplir les verres de vin, je faisais à l'oreille. 3 glou-glous, ça doit suffire...
J'ai eu l'idée, pour reposer mes yeux, d'introduire des soirées "Non-smoking".
Le lundi était un jour creux pour les affaires, j'ai donc commencé par ce jour-là. Très vite, je me fis une clientèle très fidèle.
Encore 2 ans et le restaurant était devenu totalement non-fumeur. Nous étions en 86. Cela ne s'était jamais fait nulle part. Mon chiffre d'affaire avait augmenté de 30%, et ma santé s'était
améliorée de façon spectaculaire: plus de conjonctivites, plus de maux de tête et même ma femme trouvait que mon humeur était meilleure qu'avant.
Par contre, je fus l'objet de menaces de la part des autres restaurateurs, pubs et autres établissements similaires et je fus obligé de quitter The Food Industry Association .
On me refusa le droit à la parole lorsqu'il y eut des conférences sur le sujet (prétexte:" Ce n'est pas la peine, on connait votre point de vue")
En 1988, au journal télévisé, il y eut une petite séquence de 30 secondes (TEN National News) et ce fit un effet extraordinaire. J'aurais dépensé des milliers de dollars en publicité, je n'aurais
jamais pu avoir autant d'impact. THE FRENCH KITCHEN était devenu LE restaurant...
Quand je pense que la France est 20 ans en retard sur ce point, ça m'exaspère.
Comme je l'expliquais un jour à quelqu'un" Les fumeurs m'ont emmerdé pendant 40 ans. Ils m'ont empoisonné la vie. J'espère vivre assez longtemps pour pouvoir les emmerder autant!"
Dernièrement à WOOLWORTHS (Chaine de supermarchés), alors que je faisais la queue pour payer, quelqu'un est venu directement à la caisse pour demander des cigarettes (on ne peut pas les avoir sur
les rayons, il faut les demander). Comme l'employée allait le servir tout de suite, j'ai protesté. J'ai fait venir le directeur et je lui ai demandé de changer la procédure. Si un client veut
seulement des cigarettes, il n'a qu'à faire la queue comme tout le monde. Il n'a pas priorité sur moi...
Et si quelqu'un jette un mégot devant moi, je ne me gène pas pour lui faire des commentaires désobligeants.
Si tous les non-fumeurs faisaient comme moi, les fumeurs se sentiraient vite mal à l'aise. Non-fumeurs, ne subissez plus!
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Par Michel
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Dimanche 25 novembre 2007
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05:49
Il se présenta: "je m'appelle
James"
On lui fit remarquer que ce n'était pas très français comme nom, mais il nous expliqua que pendant la guerre, son père s'était lié d'amitié avec un soldat américain nommé ainsi. Malheureusemant
il avait été tué et son père avait décidé de donner ce prénom à son premier fils en sa mémoire.
Comme nom de famille il nous annonça "Marshall". Je n'allais pas encore lui dire que ça ne sonnait pas très français non plus. En tout cas son accent était très parisien, et il avait étudié à
l'école hotellière de la rue de Vaugirard. Il n'avait pas fini son diplome, mais il en savait bien assez pour travailler chez nous.
Au royaume des aveugles...
Très vite nous avons formé une bonne équipe. Ce qu'il y a de bien, c'est que nous avons toujours travaillé en nous amusant. Bien sûr, c'était parfois dur, sous pression, et on s'engueulait quand
tout ne tournait pas rond. Mais on aimait faire ça. C'est le genre de travail qu'on ne peut absolument pas faire si on n'aime pas.
On déposait les enfants à l'école, (à la garderie pour le petit dernier), on faisait les courses, on arrivait à la French Kitchen pour faire la mise en place. Après le service de midi on fermait
(vers 14 ou 15 heures), on récupérait la petite famille et rentrait à la maison.
Le restaurant rouvrait à 18 heures. On laissait donc le diner sur la table, la baby sitter arrivait, et nous repartions au boulot.
Pauvre baby-sitter! L'ainé pensait qu'il n'en avait pas besoin et lui en faisait voir de toutes les couleurs. Mais on ne pouvait pas lui laisser la responsabilité du petit dernier. Ma fille entre
les 2 restait zen...
Comme nous nous sentions un peu coupables de les laisser tous les soirs, nous essayions de leur laisser un bon diner.
Un soir où nous étions particulièrement pressés, Pierre nous demanda: "qu'est-ce qu'on mange?"
"Le diner est sur la table..." lui repondit Camille.
Il jeta un coup d'œil et fit cette remarque que nous ne lui pardonnerons jamais:
"Quoi? encore du saumon fumé!"
Notre repas était beaucoup plus tard, après le service. De ce fait on ne se couchait jamais de bonne heure. Ce n'est qu'au bout de 2 ou 3 ans qu'on s'est
mis à diner avant le service, vers 17 heures 30, ce qui nous permettait d'avoir le repas avec les enfants au restaurant. Ensuite l'un de nous les raccompaganit à la maison pendant que l'autre
commençait le service.
Mais revenons au début. Cela faisait un an environ que James avait rejoint notre équipe. Il était devenu 2ème en charge de la cuisine, il avait une petite amie australienne très
sympathique et la seule fois où il ne s'était pas présenté au travail à l'heure, il avait une bonne excuse: il était tombé de sa moto et s'était retrouvé à l'hopital. C'était sans gravité
heureusement, mais il avait été très choqué. En fait le choc avait une autre cause. Un soir alors que nous avions fini de diner et que nous bavardions pour décompresser du travail, il nous
dit:"Je dois vous avouer quelque chose..."
Ce qu'il nous declara alors nous fit tomber de notre chaise. Nous étions attérés, nous ne savions plus quoi répondre.
"Je suis arrivé en Australie avec un visa touriste, je devais repartir au bout de 6 mois: je suis un illegal migrant"
Le silence qui suivit fut long et pesant.
Finalement on lui dit qu'il n'y avait qu'une solution: il devait repartir volontairement et qu'ensuite on pourrait lui servir de sponsor pour qu'il revienne en toute légalité. On se
passerait de lui pendant 2 ou 3 mois...
En fait il fallut près d'un an avant qu'il n'obtienne le fameux visa permanent, grace aussi au soutien de sa petite amie. Et après tout cela, il ne
l'épousa même pas, il en épousa une autre, une de nos serveuses, très sexy, et le mariage dura moins d'un an!
A dater de ce jour je fus très strict au moment d'embaucher quelqu'un de nouveau. Un jour un asiatique se présenta pour le poste de plongeur. Je ne pourrais pas dire son nom, c'était
imprononçable. Il demanda:"est-ce que je serai déclaré?". A ma réponse affirmative, il déclara:"Alors mon nom c'est..." et là un nom différent, tout aussi imprononçable. Il n'eut pas le
job
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Par Michel
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Vendredi 16 novembre 2007
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07:14
INN=auberge. C'est un des noms que nous avions proposé pour le restaurant, puisque c'était d'abord une crêperie. Mais personne n'aurait compris le jeu de
mots...
Le menu était assez simple au début. Heureuseument car nous n'avions pas trop d'expérience dans la cuisine à la carte. C'est petit à petit, au fil des années, que le style a changé et est devenu
totalement cuisine française (avec des plats bien de chez nous comme "tajine" par exemple)
J'ai retrouvé une copie du premier menu affiché sur la porte. Ce qui surprend surtout, ce sont les prix: pour le prix total d'un repas, on n'aurait plus maintenant qu'une entrée. Le plat le
plus cher, le filet de bœuf , ne coûtait que $9.80...
Chaque matin, on commençait par faire les crêpes. On utilisait une douzaine d'œufs pour la pâte et on utilisait 3 poëles à la fois. On versait une louche
dans la première poële, puis dans la 2ème, à ce moment il fallait retourner la 1ère crêpe et verser une louche dans la 3ème poële, retourner la 2ème, retirer la 1ère et recommencer jusqu'à
épuisement de la pâte. En tout il fallait à peu près une heure pour faire 60 crêpes environ.Je vous donne la recette: 12 œufs
160g d'huile
160g de beurre fondu
500g de farine
1 litre de lait On mélange le tout dans un grand "Kenwwod" on passe au chinois pour enlever les grumeaux et on laisse reposer.
Les garnitures étaient aussi préparées à l'avance (par exemple la blanquette de veau (coupée en dès plus petits que la taille normale) ainsi pour le service il suffisait de prendre une
crêpe, de la remplir avec le bœuf, la ratatouille ou les fruits de mer, faire réchauffer rapidement au four à ondes, ajouter une garniture de mesclun sur le côté et envoyer...
On garantissait un service rapide. (Fast food en quelque sorte). Ainsi les gens qui voulaient aller au cinéma avaient le temps de manger avant le film, ou d'avoir un souper rapide après. Dans ces
années-là c'était révolutionnaire: les cafés n'existaient pas. On ne pouvait manger qu'à heures fixes (pas question dans un établissement normal de passer une commande après 20 heures) et surtout
le service partout ailleurs était très long.
On servait soit une, soit 2 crêpes...(d'où les 2 prix sur le menu). On n'était pas obligé de prendre un repas complet avec entrée, plat principal et dessert comme c'était le cas dans les autres
restaurants. Le choix était assez grand pour satisfaire tous les goûts, bref très rapidement ce fut un succès.
Avec le temps, on réduisit le nombre de crêpes et on ajouta plus de plats à la carte, mais jusqu'au dernier jour il y a 2 crêpes que nous n'avons jamais pu enlever du menu: celle aux fruits de
mer, et la crêpe Suzette ( flambée directement à la table ). On avait pas mal d'imagination: on inventait des recettes puis on leur trouvait un nom original. Par exemple, la crêpe florentine (aux
épinards) ne se vendait pas bien. On essaya donc de faire un nouvau mélange: un tiers d'épinards, un tiers de viande de bœuf hachée, un tiers de fromage blanc frais (Riccotta) pour alléger.
Le tout relevé par un peu de parmesan. Comment appeller ce machin au ricotta? facile , on contracte machin et ricotta, ça devient "Manicotta". Le mot n'existe pas? et alors? Du jour au lendemain,
ça devint un best-seller... Et en plus, c'est bon!
Noël approchait, et le nombre de clients augmentait. Il fallut se mettre à chercher du personnel. Il n'y avait jusque-là que ma femme dans la cuisine et moi dans la salle. Tant qu'il n'y avait
pas plus de 20 à 25 clients ça allait mais au-delà c'était la panique.
Je ne pourrais pas faire la liste de toutes les serveuses que j'ai employées en 19 ans de restaurant. Certainement plus que Casanova n'a eu de femmes dans sa vie entière.
Le défilé des "kitchen hands" (plongeurs) n'était pas mal non plus. Celui qui a duré le moins longtemps a commencé son service un samedi soir. Son premier travail consistait à descendre
la poubelle. Il n'est jamais remonté...
Un beau jour de novembre, un jeune français s'est présenté en demandant s'il y avait du travail. Il tombait à pic.
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