Avec mes vieux négatifs, j'ai retrouvé ce texte écrit pour un de mes montages photos. C'est Claude, qui allait devenir mon
beau-frère, qui l'a rédigé pour illustrer les diapos, et qui l'a lu de sa belle voix chaude hélas éteinte maintenant... C'était dédié à celle qui allait devenir ma femme.
Tu vois, rien ne ressemble à ce jour où par hasard pourtant rien ne s'abîme au fond des souvenirs que nous avons tous deux depuis longtemps.
Tu vois, ce que j'attends c'est un éclat qui nous retiendra longtemps dans la lumière où rien ne se défait quand les murs de l'espace ont encore un peu de vraisemblance.
Tu vois, ce jour sera l'un ou l'autre après des années de vie ensemble avec la lumière à nos côtés de cet espoir qui nous oppresse et nous dégage à force ouverte au-dessous d'un ciel changeant
comme un de tes sourires.
Tu vois que cet espoir est de garder ce jour comme aujourd'hui qui n'est rien qu'un jour comme un autre avec ses murs autour des yeux et son soleil au creux des mains surpris d'être ainsi
prisonnier de ta volonté d'être et de rester libre avec tes mains fermées comme un oiseau qui se repose après le vol.
Tu vois que notre espoir est de ne jamais regretter ce jour si peu différent d'un autre avec son abîme et sa force au sillon de ton regard où rien n'est retenu pour la fin de l'hiver que la
promesse invariable avec laquelle il nous faut bien vivre ensemble en toute impunité malgré le ciel qui nous observe et la terre où nous marchons sans le savoir exactement pourtant parmi des murs
faits pour recevoir les lambeaux de la lumière.
Claude Grimbert, Mai 1970
Nous faisions des projections diapos au club "Image 15", avec la technique du "fondu-enchainé", c'est-à-dire avec deux projecteurs synchronisés pour
envoyer une image l'une après l'autre en surimpression et sans trou noir. Il y avait un magnétophone avec la bande son séparée. Sur ce texte il y avait un improvisation piano faite par mon cousin
Daniel Nebot.