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L'Australie en images. Pas seulement en voyage, là où je vis aussi.

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Armée d'Orient, mes mémoires de 1914 à 1917 par Louis Guastavino

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      Je suis incorporé le 17 décembre 1914, au 19ème bataillon du Génie, caserne Lemercier, à Hussein-Dey. J'y fait mon apprentissage aux tranchées, ponts, mines et marches, jusqu'au 10 mars 1915, date à laquelle je quitte Alger et embarque sur la Marsa, à destination du dépot du 2ème Génie à Montpellier. Le convoi part sans armes.

     Après 2 jours de mauvaise traversée, j'arrive à Port-Vendres, le 12 au soir. M'étant rencontré, à bord, avec M. Dulin, ce dernier m'invite à prendre un petit repas, à terre, ce que j'accepte avec plaisir, n'ayant rien absorbé pendant mon voyage

     Le peu que j'ai aperçu de Port-Vendres ne me plait guère; les maisons ne sont pas aussi blanches que celle d'Alger (La Blanche!)

     Je quitte Port-Vendres le 13 au petit jour et débarque à Sète dans la même journée.

     Une petite marche au travers de la ville et on nous loge dans la cour d'une grande caserne, parmi des territoriaux. Ces derniers sont très gentils pour nous et nous offrent à boire.

     Quitte Sète le 13 au soir pour arriver à Montpellier le 14 à 8 heures du soir. Environ 1 kilomètre au travers de la ville pour arriver aux casernes où l'on nous fait camper dans un grand manège.

     Agréable mais trop court séjour à Montpellier. Ville coquette où le militaire est très bien vu. Vie assez chère tout de même.

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     Mon stage est vite terminé. On a besoin d'une Compagnie pour l'Orient et celle venant d'Alger est toute désignée. Notre départ est donc fixé au 21 mars. Je suis affecté à la 8ème Escouade et la Compagnie devient Compagnie 5/15 du 1er Génie.

     Au matin de notre départ, pour nous remonter le moral et nous faire voir ce qu'est la discipline, nous assistons à la parade d'un poilu condamné à quelques années de travaux forcés.

     Défilons dans la ville fanfare en tête. Des pauvres femmes pleurent en voyant certains de mes camarades qui paraissent bien moins âgés qu'ils ne le sont réellement. Personne ne s'en fait pourtant et cette expédition d'Orient nous amuse tous, sauf la traversée pour laquelle on fait quelques objections.

     En route, la Compagnie reçoit l'ordre de camper à Lamanon. Donc l'on arrive à Salon le 22 vers 19 heures. De là, en marche sur Lamanon où l'on arrive à 22 heures. Ma section est logée dans la salle des Fêtes de l'hotel Jourdan. Une modeste litière nous sert de paillasse. La vie de campagne commence pour moi. Pour le repas du soir, je touche 1/4 de boule de pain et 1/4 de boite de singe. Je prends un café à l'hotel et monte m'allonger sur mon lit de "plume". La première nuit je suis agité, n'ayant pas encore l'habitude de coucher sur la dure.

     Lamanon est un gai petit patelin, collé au pied d'une assez haute montagne où l'on fait des pélerinages pour voir des grottes qui servent de chapelles, ainsi qu'une statue de la Vierge, perchée au plus haut point. Gens aimables au possible. Vie moins chère qu'à Montpellier.

     Notre séjour à Lamanon est employé aux tranchées, ponts et surtout marches à outrance. Notre capitaine ne nous accorde pas de repos et même les jours des Rameaux, de Pâques, il nous a fallu aller au travail. Seule la pluie nous permet de nous reposer. L'ordinaire de la Compagnie était bien maigre.

     Je quitte mon petit patelin le 1er Mai au grand matin. Les gens nous accompagnent à la gare. La cuisine de mon escouade était chez un brave vieux (le père Martin) qui avait fait la campagne de 1870.

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     Ce brave homme voulait à tout prix venir avec nous, et à notre départ, il pleurait de ne pas pouvoir nous suivre. Pendant notre séjour il lui était arrivé de nous faire la cuisine et même de nous payer, plusieurs fois, des cruches de son bon petit vin. Je garderai toujours un bon souvenir de ce brave vieux ainsi que de sa bonne femme.

     J'arrive le 2 mai à Toulon. En gare les femmes de France nous donnent des friandises. Après quelques heures passées sur les quais, j'embarque sur le Lutetia. Très grand paquebot, quatre mâts et trois cheminées. A bord nous sommes plus de trois mille hommes de troupe (beaucoup de coloniaux et de Sénégalais). Je suis logé à bord dans les salons des "deuxième" où les tables en acajou et les fauteuils tournants sont encore installés et nous servent de sièges. Passé à bord une revue d'armes et de vivres de réserve.

     Quatre jours d'excellente traversée suffisent pour arriver à l'entrée des détroits des Dardanelles. Là sont rassemblés un très grand nombre de bateaux; jamais je n'avais vu autant de paquebots rassemblés dans un aussi petit espace.

     Nous sommes salués par les obus turcs qui tombent non loin de la coque. Ma Cº quitte la première le bord et le débarquement s'effectue sans embûches.

     Le 6 mai dans l'après-midi, je me trouve sur une grande plage, au bas du Fort de Seddul-Bhar. Après une petite pause, le capitaine nous fait gravir un petit mamelon et nous nous trouvons placés devant une batterie de 75. A nos pieds, une grande tranchée. Notre chef nous fait mettre sur deux, le long de cette dernière. Il ne se passe pas deux secondes que nous entendons quelques obus de 77 qui tombent non loin de nous mais qui heureusement n'éclatent pas. Aussitôt le capitaine nous ordonne de nous abriter dans la tranchée où nous passons la nuit accroupis les uns sur les autres.

     Le lendemain, 7 mai, nous nous approchons du front. Chaque section prend une direction différente. Je traverse la plaine et laisse derrière moi les 5 pylônes turcs. Nous arrivons à la ferme Zimermann à midi. Mon chef de section, un brave aspirant (note: Roche, celui qui a fait les corrections) nous fait coucher dans un petit bois et nous conseille de manger avant d'avancer. De ma position j'observe les Anglais qui attaquent et progressent dans la plaine au dessous de Kritia. Vers 13 heures mon capitaine nous envoie l'ordre de nous porter, par bonds successifs, en avant. Aussitôt les 5ème, 6ème, 7ème et 8ème escouades sortent tour à tour par demi-escouade, pour se poster dans un petit élément de tranchée distant d'au moins quatre cents mètres.

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