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L'Australie en images. Pas seulement en voyage, là où je vis aussi.

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Armée d'Orient, mes mémoires de 1914 à 1917 par Louis Guastavino

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     De là j'assiste à un vilain spectacle: au départ de la 2ème vague, à notre droite (ce sont des fantassins du 176ème Régiment d'Infanterie). Mais tout-à-coup arrive une marmite qui nous ensevelit tous trois. Les fantassins nous deterrent promptement, notre aspirant vient s'informer de notre santé et nous fait descendre au camp pour nous faire soigner. Nous arrivons au camp, acconpagnés par l'infirmier, le major (Périgaud) nous faitdeshabiller et commence à nous ausculter. Il nous trouve des contusions internes et nous fait badigeonner de teinture d'iode. Pendant une semaine nous restons au camp, le major nous ordonne du lait et du chocolat, ce que nous absorbons avec plaisir, et l'infirmier vient deux fois par jour, pour nous prendre la température et nous faire des massages.

     Du 21 Juin au 5 Juillet je garde la guitoune. Mon major part passer quelques jours à Mondros. Le Parisien, Julot, est évacué pour la gale et nous laisse, mon caporal et moi, sous notre guitoune. Me grattant beaucoup, j'en fais part à mon sergent et me fais porter malade le lendemain. Le nouveau major me regarde bien et conclue à mon évacuation, pour gale; il en fait de même pour Westin, mon caporal, qu'il croit atteint d'appendicite. Nous filons donc le 6 Juillet à l'ambulance du cap Hellès. Là je retrouve mon Parisien qui suit un traitement de pétrole. Pendant mon stage de 3 jours, on me badigeonne tout le corps au pétrole et on m'évacue pour l'entérite. Pendant mon passage à l'ambulance les Turcs nous ont bombardé deux fois, mais heureusement tout s'est borné à des dégats matériels.

     Donc je quitte la Cº le 9 en compagnie de Julot et nous sommes hospitalisés tous deux à l'hôpital de campagne de Liknak (dans l'ile de Lemnos). Là je n'absorbe que du lait. Après 6 jours de traitement, sans amélioration, je figure sur la liste des évacués.. Un caporal infirmier vient me voir et me demande si je suis parent de l'avocat d'Alger (Note: qui deviendra plus tard Sénateur). Après ma réponse, nous causons longuement tous deux de Jean-Marie et avant de me quitter il me promet de me faire évacuer sur la France, au lieu d'aller à Alexandrie, où l'on évacuait tous les malades dans mon genre. Je m'en réjouis et le 15 Juillet dans l'après-midi j'embarque à bord du Lutétia> Avant mon départ, j'avais chargé mon ami Julot, ainsi que Foyer, d'aller chercher du vin doux et des gâteaux et tous trois avons fêté, sur la plage, mon départ pour la France.

     A bord du Lutétia je ne mange rien de 24 heures. Le 16 Juillet à 1 heure 15, le Lutétia lève l'ancre et je quitte, sans aucun regret, ce sale pays d'Orient. Au bout de trois jours d'excellente traversée, le Lutétia arrive en rade de Bizerte.

     Les Algériens sont débarqués à Férryville. Un petit train nous attend, tout contre le navire, et nous filons sur Bizerte. Je traverse une toute petite gare, Tindja, où tous les habitants se pressent pour nous donner à boire, des gâteaux et toutes sortes de friandises. Nous arrivons peu à peu à Bizerte. On nous fait descendre et nous attendons dans un grand hangar d'obus que les autos sanitaires viennent nous prendre. Là les dames de france nous donnent du lait chaud, des limonades et des gâteaux. Arrivent ensuite des officiers de marine qui nous questionnent sur notre santé et sur ce qui se passe aux Dardanelles.

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     Devant la porte stationnent les autos qui nous transportent dans les hôpitaux. Je suis dirigé sur l'hôpital temporaire Nº1 (chez le consul de France). C'est dans une belle salle des fêtes qu'est le dortoir. Je reste en extase devant mon beau lit car voilà des mois que je n'en ai plus vu un seul. De suite la directrice vient nous voir et nous demande de bien vouloir raconter ce que l'on fait aux Dardanelles, notre manière de vivre,...

     Toutes ces dames sont très charmantes et s'empressent autour de moi. Je prends un bain et me change avant de me mettre au lit. Le docteur arrive, c'est un bon petit vieux civil qui a l'air très chic. Il me conseille de bien manger pour me remettre vite sur pied. Nous sommes servis à table par de gentilles demoiselles. On fait bonne chère. Deux jours après mon entrée, le docteur me fait commencer un  traitement de piqûres qui du reste me réussit très bien.

     Une infirmière, jeune demoiselle à chevelure blonde, me prend pour protégé et je me laisse faire. Elle vient passer deux jours par semaine et en profite pour me gater. J'ai du quinquina avec des petits beurres avant les deux repas. L'après-midi est passé sur mon lit, avec quelques camarades, et Mlle Pestel nous amuse à différents jeux. J'aime discuter avec cette demoiselle et je recherche sa compagnie. Nous sommes très libres et nous sortons comme nous le voulons.

     Après le diner, nous allons nous promener sur la plage et la jetée du port. Beaucoup d'officiers sur la plage et cette compagnie me déplait. Un médecin inspecteur vient troubler notre séjour et voilà que l'on me porte sortant avec quatre amis d'hôpital. Je quitte donc cette aimable société le 17 Août et suis dirigé sur le dépot des convalescents où je passe trois jours à me raser dans les grands prix.

     J'obtiens une permission de 7 jours et me voilà en route sur Alger où j'arrive le 22 après 2 jours de voyage fatigant. Enfin je retrouve tous les miens en excellente santé et en pleurs de joie, car vraiment par moments je croyais bien rester tenir compagnie à mon cher Ripoll. Je m'en suis tiré et j'en suis fort content.

     Inutile de raconter mon séjour à Alger, où j'ai employé mon temps le mieux que j'ai pu, en oubliant totalement les coups de chien que j'avais passé. J'ai vu les familles Ripoll et Borielo auxquelles j'ai donné des renseignements sur leurs pauvres enfants, laissés si loin dans un coin perdu de la presqu'ile de Gallipoli.

   A Alger, j'ai obtenu 5 jours de prolongation, faute de bateaux. Il me faut partir à nouveau, c'est si pénible pourtant.

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      Je quitte Alger le 4 septembre avec un convoi d'isolés et j'arrive à Bizerte le 6 à 2 heures du matin. Au débarcadère, les territoriaux nous attendent et nous nous mettons en route pour la caserne. Je ne perds pas de temps à Bizerte. Je vais voir ces dames à l'hôpital et je quitte la ville le 7 à 8 heures du matin. Nous embarquons sur un grand remorqueur et nous filons sur Ferryville.

     On nous transborde sur le Melbourne, sale bateau qui ne va guère vite et n'a pas de T.S.F. Je suis en compagnie d'un ami d'hôpital ainsi que de Bégué, ami de Compagnie et surtout du Génie à Alger.
La traversée n'est pas mauvaise ni mouvementée. Pourtant à bord on refuse de nous donner des couvertures et avec notre capote nous ne faisons pas les vaillants la nuit sur le pont du bateau. J'arrive malgré tout en rade de Mudros le 11 septembre à 9 heures un quart. Je quitte le bord le 12 pour être dirigé sur le dépot du Génie distant de 10kms du lieu de débarquement. Avec Bégué nous arrivons au dépot à 11 heures et demie sous une petite chaleur. Nous faisons les formal;ités d'usage. Je retrouve plusieurs copains de la Compagnie, ce qui me chasse un peu le gros cafard. Nous logeons sous des marabouts, où les puces pullulent. Nous sommes employés à faire les maçons mais nous ne tuons pas.

     Je quitte le camp, avec trois amis de Cie le 22 à 6 heures du matin. J'embarque dans l'après-midi sur un bateau à roues et prends pied à Seddulbhar le 22 à 8 heures du soir. Nous passons chez le commandant du Génie divisionnaire et arrivons au camp des oliviers à 10 heures et demie. Je reprends place dans mon ancienne guitoune, avec un cafard formidable. Je retrouve encore pas mal de copains et les officiers que j'avais laissés il y a près de 3 mois. Je prends quelques jours de repos et je vais au travail sur la voie de Décanville. Le caporal de mon escouade est un type qui m'a fait faire les classes à Alger et ma foi nous nous entendons bien.

     La compagnie reçoit l'ordre de plier bagage et nous quittons le camp le 30 septembre à 20 heures. Nous embarquons à Seddulbar à 22 heures. Nous partons pour une direction inconnue à minuit. Je me trouve sur un tout petit raffiot se nommant "Gaule" avec 2 compagnies de fantassins. Après une bonne traversée, nous arrivons le 2 octobre devant Salonique. Nous formions un convoi de 4 bateaux escortés par un contre-torpilleur. Après plusieurs coups de canon échangés entre la terre et le contre-torpilleur nous faisons demi-tour et regagnons Mudros le 3 octobre. Inutile de dire que l'on regrettait le bord malgré que l'on avait de la saleté à manger. Nous nous remettons en route le 4 dans la nuit et nous arrivons dans le golfe de Salonique le 6 au matin. Nous débarquons le même jour à 11 heures. Nous traversons la ville qui est très moche pour regagner le camp de Zetenlick distant de 5kms de la ville. En route à 15 heures, je rencontre Pepète Cardenas, nous échangeons quelques mots. Bien sûr nous logeons sous la guitoune, le camp de concentration n'étant même pas tracé.

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